Depuis la création de la Fédération Royale Marocaine de Pétanque (FRMP) en 1957, la discipline s’est construite essentiellement sur le terrain sportif : compétitions, formation des jeunes, développement des clubs et rayonnement international. Durant des décennies, les différends internes restaient contenus dans le cadre institutionnel, réglés par le dialogue, la médiation ou les mécanismes statutaires.
Le mandat 2020-2024 marque toutefois, jusqu’à présent, une rupture nette avec cette tradition, sans qu’un nouveau bureau fédéral n’ait encore été installé.
Jamais auparavant la pétanque marocaine n’avait connu une telle multiplication de recours devant les tribunaux. Les juridictions marocaines ont été saisies à plusieurs reprises dans des litiges impliquant la fédération, des ligues. Des affaires civiles ont même donné lieu à des expertises comptables ordonnées par la justice afin d’examiner la gestion financière et d’établir d’éventuelles responsabilités.
Des dossiers officiellement consultables sur le portail des tribunaux témoignent de cette judiciarisation croissante, situation inédite dans l’histoire administrative de la discipline.
Mais au-delà des cas isolés, un constat s’impose : ces conflits ne sont pas apparus par hasard.
Dans la majorité des situations, les tensions trouvent leur origine dans un même moment clé de la vie sportive : les assemblées générales électives, que ce soit au niveau des ligues régionales ou de la FRMP elle-même. Contestations de listes, interprétations divergentes des statuts, désaccords sur les procédures électorales, exclusions, reports ou validations discutées… ces épisodes se répètent d’un cycle électoral à l’autre et finissent souvent par dépasser le cadre sportif pour se retrouver devant les juges.
Autrement dit, ce ne sont pas les compétitions qui divisent, mais la gouvernance.
De nombreux observateurs estiment que si les règlements, statuts et textes fédéraux étaient appliqués à la lettre — transparence des procédures, respect strict des délais, égalité de traitement des candidats, contrôle interne rigoureux — la grande majorité des litiges pourrait être réglée en amont, sans recours aux tribunaux. La justice devrait rester l’exception, non le mode normal de régulation de la vie fédérale.
Le phénomène a même dépassé les frontières nationales. Durant ce mandat, la FRMP a engagé un recours devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) contre l’instance internationale, la FIPJP. Là encore, un fait rarissime pour la pétanque marocaine, qui illustre l’ampleur des tensions institutionnelles. Porter un différend jusqu’à la plus haute juridiction sportive mondiale témoigne d’un climat de confrontation plutôt que de concertation.
Or l’expérience montre que le bras de fer n’a jamais été une solution durable dans le sport. Les procédures longues, coûteuses et médiatiquement sensibles fragilisent l’image de la discipline, détournent l’énergie des dirigeants et pénalisent en premier lieu les joueurs, les clubs et les jeunes pratiquants.
La pétanque marocaine a besoin de terrains, de formations et de projets, pas de salles d’audience.
Ce mandat restera ainsi comme l’un des plus contentieux depuis 1957, non pas pour ses résultats sportifs, mais pour le nombre de dossiers juridiques qu’il aura générés. Une situation qui appelle à une réflexion profonde sur la gouvernance, la culture du dialogue et le respect strict des règles internes.
L’enjeu pour l’avenir est clair : restaurer la confiance, renforcer la transparence et privilégier la médiation plutôt que l’affrontement judiciaire. Car lorsque les statuts sont respectés et les procédures appliquées loyalement, les conflits se règlent autour d’une table… et non devant un tribunal.
