FRMP : L’« intérêt supérieur » invoqué, mais des actes qui interrogent

Alors que la Fédération Royale Marocaine de Pétanque (FRMP) invoquait, dans son communiqué du 31 juillet 2025, « l’intérêt supérieur de notre sport national » pour justifier l’unification des rangs et éviter toute division, la réalité des faits et du calendrier fédéral suscite aujourd’hui de profondes interrogations.

Entre le communiqué du 31 juillet 2025 et la convocation à la réunion du Bureau Directeur datée du 30 septembre 2025, près de soixante jours se sont écoulés. Deux mois durant lesquels, si la volonté de résoudre les blocages institutionnels avait été réelle et prioritaire, il aurait été largement possible d’organiser les réunions nécessaires, de convoquer les assemblées générales en temps voulu, et surtout de permettre au Maroc de participer aux Championnat du monde féminin de Douaisis (France). Or, la réunion du Bureau Directeur n’est programmée que pour le 14 octobre 2025, soit après la clôture du championnat du monde féminin. Un choix de calendrier qui ne semble pas relever du hasard et qui pose une question légitime : ce retard est-il purement administratif ou délibérément calculé ?

Parmi les points inscrits à l’ordre du jour de la réunion du 14 octobre figure la « préparation et fixation de la date de tenue des deux Assemblées Générales des saisons 2022-2023 et 2023-2024 (élective) ». L’article 17 des statuts de la FRMP stipule clairement que la convocation des membres habilités à assister à l’Assemblée Générale Ordinaire doit intervenir au moins 15 jours avant la date fixée. Si l’on applique ce délai au calendrier, la tenue de ces assemblées ne pourrait avoir lieu au plus tôt que le 29 octobre 2025, soit trois jours après la fin du Championnat du Monde Juniors, programmé du 23 au 26 octobre 2025 à Isla Cristina (Espagne). Autrement dit, la FRMP a choisi un calendrier qui repousse de fait toute possibilité d’inscrire une délégation marocaine à ces deux compétitions mondiales majeures.

Cette situation s’ajoute à une réalité douloureuse : pour la quatrième fois consécutive, le Maroc est absent d’un championnat du monde de pétanque — en comptant également la non-participation annoncée au prochain Championnat du monde juniors. Un fait inédit dans l’histoire sportive de la discipline nationale, qui met en lumière une crise de gouvernance profonde, bien au-delà des simples querelles internes ou des retards administratifs.

Lorsque la FRMP parle d’« intérêt supérieur de notre sport national », il est légitime de se demander de quel intérêt il s’agit réellement. L’intérêt des joueuses et joueurs marocains privés de compétition internationale ? Celui des clubs et ligues mis en attente de décisions statutaires ? Ou bien celui d’équilibres politiques internes qui priment sur le calendrier sportif mondial ?

L’enchaînement des dates, la lenteur des décisions et la programmation de réunions après les échéances sportives laissent clairement penser que ce retard n’est ni fortuit ni involontaire. Il donne plutôt l’image d’un scénario calculé, où le temps devient un outil de gestion politique plutôt qu’un levier de développement sportif.

Au-delà des discours, ce sont les actes qui révèlent la véritable hiérarchie des priorités. En laissant passer une nouvelle occasion de représenter le Maroc sur la scène mondiale féminine et junior, la FRMP envoie un signal inquiétant : celui d’une fédération qui regarde ailleurs pendant que le monde avance. L’« intérêt supérieur » invoqué dans les communiqués doit enfin se traduire en décisions concrètes, planifiées et responsables — sans quoi le fossé entre les ambitions affichées et la réalité sportive ne fera que se creuser.

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